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Il y a trop d'images : textes épars 1993-2010

Bernard Émond 
Il y a trop d'images : textes épars 1993-2010
Lux éditeur, Montréal 
2011, 121 pages
Coll. « Lettres libres »

Cinéaste québécois reconnu de par le monde, notamment pour sa trilogie sur les vertus théologales composée de La neuvaine (2005), Contre toute espérance (2007) et La donation (2009), Bernard Émond propose ici un recueil de 24 courts textes séparés en deux parties (« Cinéma cinémas » et « Ce qui importe »), où il exprime remarquablement, et avec la profondeur qu’on lui connaît, un appel à la résistance.

On peut considérer Il y a trop d’images  comme la face littéraire de l’œuvre d’Émond : elle présente la même gravité. Et de même, si le portrait sombre du monde et de la société que dresse le cinéaste, anthropologue de formation, est accablant, les grandes œuvres auxquelles il fait de nombreuses références se posent comme des ouvertures possibles, des brèches qui laissent passer la lumière : « Les œuvres qui comptent nous conduisent à ce qui importe et appellent à notre responsabilité. Il y a un honneur du lecteur ou du spectateur qui consiste, lorsqu’on a posé le livre ou quitté la salle obscure, à poursuivre la conversation, à répondre à l’œuvre, par la pensée et par l’action. Nous sommes ici à des années-lumières de la goguenardise et de la légèreté obligatoires qui ont colonisé les médias contemporains. Nous sommes dans l’esprit de et dans la croyance, car c’en est une, en la réalité du monde et en possibilité de l’action » (p. 13).

Les textes ont tous été diffusés, publiés ou déclamés lors de diverses occasions avant de constituer le recueil. On en note un publié dans Le Devoir du 3 octobre 2009 à l’occasion de la mort de Pierre Falardeau, un autre lu lors des obsèques de Pierre Vadeboncoeur, plusieurs publiés dans des revues comme Relations ou Métier réalisateur, par exemples. Mais ces textes vont au-delà du simple hommage (à Falardeau ou Vadeboncoeur) ou des considérations esthétiques ou techniques sur le cinéma : ils portent un message autre, plus important encore et qui place les lecteurs et lectrices en face à face avec un devoir de conscience et de liberté, dans son acception la plus noble, comme concept élevé et complexe. C’est ainsi que se trace le sens à donner au rassemblement des textes en un seul et même recueil. Au cours de la lecture, d’un texte à l’autre,  le propos d’Émond s’étaye et embrasse une cohérence qui trace le fil rouge à suivre pour en saisir la mesure et l’importance.

Marie-Andrée Bergeron