Le
mythe
par
Gilles Perron
Lorsquil est question de mythologie, on
pense aussitôt aux dieux grecs et romains. Notre culture populaire
serait, du moins en apparence, plus latine que grecque : ainsi, tout
le monde connaît Vénus ou Hercule, et même un cancre
peut nommer les planètes du système solaire. Mais on
oublie facilement quon peut alimenter limaginaire mythologique
en puisant dans lhistoire religieuse de la chrétienté
; quon peut également parler de mythes fondateurs de
notre histoire sociale ou politique.
On serait parfois tenté de croire que, depuis la déjà
lointaine disparition des collèges classiques (dont les qualités
et défauts prennent lentement des proportions mythiques !),
la mythologie, nétant plus enseignée, ne saurait
servir de cadre de référence pour les générations
nées au cours des trois dernières décennies.
Ce serait oublier que les mythes ne vivent pas dans les classes, mais
au cur des civilisations. La pérennité du mythe
est assurée par son inscription dans une culture et par sa
capacité à dire ce que nous sommes à travers
lui.
Les quatre articles que nous vous proposons dans ce dossier témoignent
de lintérêt et de lactualité de lapproche
mythologique dans une perspective pédagogique et littéraire.
Sabrina Vervacke plaide pour la formation du mythonaute dans un texte
où elle fait voir, en même temps que lomniprésence
des références aux mythes gréco-romains dans
notre quotidien, le fonctionnement même du mythe dans sa capacité
dadaptation et de transformation. Dans un second texte, Réal
Ouellet sintéresse à un mythe fondamental pour
les Américains que nous sommes : celui de lIndien. Ouellet
montre comment, depuis larrivée de Christophe Colomb
en Amérique, le mythe de lIndien a été
constamment tiraillé entre deux pôles : le bon Sauvage,
idéal dune pureté originelle, ne va pas sans sa
contrepartie, le Sauvage cruel et sanguinaire. Pour clore le dossier,
Gilles Dorion et André Gaulin mettent en pratique, par la lecture
mythologique de deux romans, ce que suggèrent les articles
de Vervacke et Ouellet. Dorion voit dans Petit homme tornade,
de Roch Carrier, une présentation originale du mythe de lIndien.
Il y constate aussi la présence du mythe américain de
la terre promise. Gaulin, pour sa part, sintéresse à
une uvre majeure, trop souvent négligée, de Jacques
Ferron, Le ciel de Québec. Dans ce roman, Ferron recourt
volontiers à la mythologie grecque pour désigner des
personnages qui appartiennent à limaginaire québécois,
mais surtout, tel que le souligne Gaulin, il raconte lépopée
dêtres mi-fictifs, mi-réels qui constituent la
base dun « peuple jeune qui se cherche une mythologie ».