DOSSIER LITTÉRAIRE | 123
 


Le mythe

par Gilles Perron

Lorsqu’il est question de mythologie, on pense aussitôt aux dieux grecs et romains. Notre culture populaire serait, du moins en apparence, plus latine que grecque : ainsi, tout le monde connaît Vénus ou Hercule, et même un cancre peut nommer les planètes du système solaire. Mais on oublie facilement qu’on peut alimenter l’imaginaire mythologique en puisant dans l’histoire religieuse de la chrétienté ; qu’on peut également parler de mythes fondateurs de notre histoire sociale ou politique.

On serait parfois tenté de croire que, depuis la déjà lointaine disparition des collèges classiques (dont les qualités et défauts prennent lentement des proportions mythiques !), la mythologie, n’étant plus enseignée, ne saurait servir de cadre de référence pour les générations nées au cours des trois dernières décennies. Ce serait oublier que les mythes ne vivent pas dans les classes, mais au cœur des civilisations. La pérennité du mythe est assurée par son inscription dans une culture et par sa capacité à dire ce que nous sommes à travers lui.

Les quatre articles que nous vous proposons dans ce dossier témoignent de l’intérêt et de l’actualité de l’approche mythologique dans une perspective pédagogique et littéraire. Sabrina Vervacke plaide pour la formation du mythonaute dans un texte où elle fait voir, en même temps que l’omniprésence des références aux mythes gréco-romains dans notre quotidien, le fonctionnement même du mythe dans sa capacité d’adaptation et de transformation. Dans un second texte, Réal Ouellet s’intéresse à un mythe fondamental pour les Américains que nous sommes : celui de l’Indien. Ouellet montre comment, depuis l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique, le mythe de l’Indien a été constamment tiraillé entre deux pôles : le bon Sauvage, idéal d’une pureté originelle, ne va pas sans sa contrepartie, le Sauvage cruel et sanguinaire. Pour clore le dossier, Gilles Dorion et André Gaulin mettent en pratique, par la lecture mythologique de deux romans, ce que suggèrent les articles de Vervacke et Ouellet. Dorion voit dans Petit homme tornade, de Roch Carrier, une présentation originale du mythe de l’Indien. Il y constate aussi la présence du mythe américain de la terre promise. Gaulin, pour sa part, s’intéresse à une œuvre majeure, trop souvent négligée, de Jacques Ferron, Le ciel de Québec. Dans ce roman, Ferron recourt volontiers à la mythologie grecque pour désigner des personnages qui appartiennent à l’imaginaire québécois, mais surtout, tel que le souligne Gaulin, il raconte l’épopée d’êtres mi-fictifs, mi-réels qui constituent la base d’un « peuple jeune qui se cherche une mythologie ».

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