Lire
et écrire dans toutes les matières
par
Godelieve De Koninck
Nous voilà déjà en lan
2001 ! Nous voilà, nous amoureux et défenseurs de la
langue française, encore à quémander pour celle-ci
une place, celle dêtre loutil principal et essentiel
de la transmission des connaissances pour les élèves
et les étudiants dans nos institutions scolaires, peu importe
la matière. Cette place ne lui revient-elle pas naturellement
et nécessairement ? La question est la suivante : comment se
fait-il quil faille encore réfléchir sur... argumenter
avec... essayer de convaincre les quidams qui pensent quil est
possible de maîtriser les mathématiques, lhistoire,
les sciences ou la technologie, etc. sans contrôler son véhicule
langagier premier : la langue ?
Comment se fait-il que certains pensent encore quil est possible
pour un élève ou un étudiant de saisir de grands
faits historiques, sociaux, géographiques sans savoir lire
de façon efficace et signifiante ? Comment se fait-il quon
puisse penser résoudre des problèmes mathématiques
complexes, faire des rapports étoffés en sciences physiques
ou en chimie sans contrôler la langue écrite ? Encore
plus, comment se fait-il que parfois, même à lintérieur
du cours de français, on nait pas encore compris que
la langue est plus quune accumulation de règles dexceptions,
dexercices déconnectés, mais bien un véhicule
langagier quotidien, nécessaire devant être utilisé
et maîtrisé par tous ?
Nous sommes à lère de la mondialisation, de la
globalisation, dun déferlement de technologies toutes
plus avancées les unes que les autres. Or, tous ces grands
mouvements sociaux ne prennent un sens que sils se construisent
à partir dune base solide qui elle, est vraiment universelle
parce quelle rejoint tous les individus : la fierté et
la maîtrise totale de son expression personnelle dans sa langue.
Nous vivons au Québec, cest donc en français que
les jeunes doivent sépanouir. Dans un français
fort, articulé et respecté.
Dans ce dossier, nos collaborateurs apportent leurs commentaires et/ou
leurs suggestions pour, encore une fois, tenter de rendre évidente
cette nécessité de donner au français la place
qui lui revient dans lunivers scolaire, cest-à-dire
la première.
Dans un premier article intitulé « Langue et acquisition
des savoirs : les compétences langagières dans les disciplines
scolaires », Claude Simard, avec sa clairvoyance habituelle
et son style limpide, explique, une fois de plus, les raisons qui
justifient que la maîtrise du français écrit et
oral par les enseignants doive chapeauter lensemble de lenseignement.
Lenseignant est un modèle. Or, un modèle, cest
quelquun que lon imite. Il apporte aussi des explications
qui nous font comprendre combien la lecture dans les autres matières
est faite à partir de textes fabriqués pour les circonstances
et donc nettement insuffisante pour initier une véritable démarche
intellectuelle. Les pratiques décriture, elles, sont
nettement pauvres et restreintes, ce qui entraîne chez les élèves,
une capacité dexpression mitigée et inefficace.
Quelques suggestions damélioration nous laissent sur
des pistes encore à explorer.
Ensuite, Sylvie Cartier, dans un article intitulé, « Lire
pour apprendre à lécole », brosse un
tableau axé principalement sur les difficultés rencontrées
par les élèves au secondaire avec la lecture des textes
proposés, plus particulièrement en histoire. Au secondaire,
il ne devrait plus être question dapprendre à lire,
mais bien de lire pour apprendre. Or ceci veut dire maîtriser
un sujet par la lecture de textes. Madame Cartier attribue cette difficulté
en partie au manque de lien entre le type de textes à lire
au primaire et ceux au secondaire. Daprès elle, les difficultés
sont à chercher à trois niveaux : la matière
et les manuels à lire, les activités à réaliser
et la formation des enseignants au secondaire qui sattendent
à ce que leurs élèves sachent déjà
lire pour apprendre.
Monique Le Pailleur et Doris Beauregard nous offrent ensuite, dans
« Des ponts entre deux rives », de traverser
dune rive à lautre du fleuve de lapprentissage,
celle de la science et de la technologie et celle du français.
Après avoir expliqué lessence même de cette
discipline, la science et la technologie qui est Faire et Comprendre,
et établi clairement les compétences devant être
acquises en français, elles nous amènent à comprendre
la jonction nécessaire à établir entre celles-ci,
jonction qui pourrait sembler à première vue fort distante,
mais qui, à la suite de la lecture de larticle, aux nombreux
arrimages proposés et exemples riches et variés, voire
illustrés, fera admettre aux lecteurs que la science, la technologie
et le français sont des partenaires indissociables dans la
conquête des savoirs et des savoirs agir. Comment y parvenir
? En empruntant les ponts qui sauront nous transporter dune
rive à lautre, chacune gardant ses spécificités
et sa valeur propre.
Cest au tour de Suzanne Tamse dy aller de ses commentaires
sur la place quoccupe la langue, cette fois aussi dans les sciences.
Dans « Écrire : un outil pour construire ses
connaissances en sciences », lauteure est claire
: lutilisation de lécriture comme stratégie
dapprentissage dans les sciences a des vertus indéniables,
même si elle nest pas encore exploitée comme elle
le devrait. Madame Tamse dresse le profil de la formation universitaire
que les futurs enseignants reçoivent à luniversité.
Ils y apprendront que la science peut exister sans trace graphique
et que, par voie de conséquence, lécriture doit
prendre une place prépondérante dans lapprentissage
des sciences. Les élèves écrivent pour répondre
à deux exigences : écrire pour soi et écrire
pour les autres. Ces diverses exigences se manifesteront de multiples
façons, ce qui nous est clairement explicité sous forme
de tableaux. Encore une fois, il est évident que le français
est la pierre angulaire de cette façon denvisager lenseignement
et lapprentissage en sciences.
Cest au tour de quelques enseignants de nous faire savoir ce
qui se passe dans les classes, principalement dans les classes dhistoire
et de géographie. À partir dentrevues avec Mesdames
Clémence Cossette, Michelle Couture et Monsieur Michel Boucher,
nous pourrons participer à diverses activités toutes
aussi intéressantes les unes que les autres qui démontrent
que, pour certains enseignants, le français est une préoccupation
quotidienne dans la matière quils enseignent. Nous pourrons
même constater que certaines de ces activités se répandent
à la grandeur de lécole, leur donnant alors un
poids beaucoup plus considérable. La première entrevue
est intitulée « Silence, on écrit »
et la deuxième, « Le français, nous nous
en occupons ! »
Marcel Thouin, dans son article « La vulgarisation scientifique,
uvre ouverte », nous entretient de la difficulté
en lecture posée par les textes scientifiques et de la non
moindre difficulté à proposer des textes vulgarisés.
Il y a de nombreux commentaires sur lécart existant entre
les scientifiques et le grand public, écart dû à
léloignement de la science du monde de tous les jours,
à lhermétisme du langage scientifique, à
lattitude de grand public qui veut consommer le texte scientifique
comme il consomme les biens matériels. Monsieur Thouin établit
un parallèle intéressant entre la vulgarisation scientifique
et la critique artistique trouvant à cette dernière
des qualités daccessibilité inexistantes chez
lautre.