DOSSIER PÉDAGOGIQUE | 123
 


Lire et écrire dans toutes les matières

par Godelieve De Koninck

Nous voilà déjà en l’an 2001 ! Nous voilà, nous amoureux et défenseurs de la langue française, encore à quémander pour celle-ci une place, celle d’être l’outil principal et essentiel de la transmission des connaissances pour les élèves et les étudiants dans nos institutions scolaires, peu importe la matière. Cette place ne lui revient-elle pas naturellement et nécessairement ? La question est la suivante : comment se fait-il qu’il faille encore réfléchir sur... argumenter avec... essayer de convaincre les quidams qui pensent qu’il est possible de maîtriser les mathématiques, l’histoire, les sciences ou la technologie, etc. sans contrôler son véhicule langagier premier : la langue ?

Comment se fait-il que certains pensent encore qu’il est possible pour un élève ou un étudiant de saisir de grands faits historiques, sociaux, géographiques sans savoir lire de façon efficace et signifiante ? Comment se fait-il qu’on puisse penser résoudre des problèmes mathématiques complexes, faire des rapports étoffés en sciences physiques ou en chimie sans contrôler la langue écrite ? Encore plus, comment se fait-il que parfois, même à l’intérieur du cours de français, on n’ait pas encore compris que la langue est plus qu’une accumulation de règles d’exceptions, d’exercices déconnectés, mais bien un véhicule langagier quotidien, nécessaire devant être utilisé et maîtrisé par tous ?

Nous sommes à l’ère de la mondialisation, de la globalisation, d’un déferlement de technologies toutes plus avancées les unes que les autres. Or, tous ces grands mouvements sociaux ne prennent un sens que s’ils se construisent à partir d’une base solide qui elle, est vraiment universelle parce qu’elle rejoint tous les individus : la fierté et la maîtrise totale de son expression personnelle dans sa langue. Nous vivons au Québec, c’est donc en français que les jeunes doivent s’épanouir. Dans un français fort, articulé et respecté.

Dans ce dossier, nos collaborateurs apportent leurs commentaires et/ou leurs suggestions pour, encore une fois, tenter de rendre évidente cette nécessité de donner au français la place qui lui revient dans l’univers scolaire, c’est-à-dire la première.

Dans un premier article intitulé « Langue et acquisition des savoirs : les compétences langagières dans les disciplines scolaires », Claude Simard, avec sa clairvoyance habituelle et son style limpide, explique, une fois de plus, les raisons qui justifient que la maîtrise du français écrit et oral par les enseignants doive chapeauter l’ensemble de l’enseignement. L’enseignant est un modèle. Or, un modèle, c’est quelqu’un que l’on imite. Il apporte aussi des explications qui nous font comprendre combien la lecture dans les autres matières est faite à partir de textes fabriqués pour les circonstances et donc nettement insuffisante pour initier une véritable démarche intellectuelle. Les pratiques d’écriture, elles, sont nettement pauvres et restreintes, ce qui entraîne chez les élèves, une capacité d’expression mitigée et inefficace. Quelques suggestions d’amélioration nous laissent sur des pistes encore à explorer.

Ensuite, Sylvie Cartier, dans un article intitulé, « Lire pour apprendre à l’école », brosse un tableau axé principalement sur les difficultés rencontrées par les élèves au secondaire avec la lecture des textes proposés, plus particulièrement en histoire. Au secondaire, il ne devrait plus être question d’apprendre à lire, mais bien de lire pour apprendre. Or ceci veut dire maîtriser un sujet par la lecture de textes. Madame Cartier attribue cette difficulté en partie au manque de lien entre le type de textes à lire au primaire et ceux au secondaire. D’après elle, les difficultés sont à chercher à trois niveaux : la matière et les manuels à lire, les activités à réaliser et la formation des enseignants au secondaire qui s’attendent à ce que leurs élèves sachent déjà lire pour apprendre.

Monique Le Pailleur et Doris Beauregard nous offrent ensuite, dans « Des ponts entre deux rives », de traverser d’une rive à l’autre du fleuve de l’apprentissage, celle de la science et de la technologie et celle du français. Après avoir expliqué l’essence même de cette discipline, la science et la technologie qui est Faire et Comprendre, et établi clairement les compétences devant être acquises en français, elles nous amènent à comprendre la jonction nécessaire à établir entre celles-ci, jonction qui pourrait sembler à première vue fort distante, mais qui, à la suite de la lecture de l’article, aux nombreux arrimages proposés et exemples riches et variés, voire illustrés, fera admettre aux lecteurs que la science, la technologie et le français sont des partenaires indissociables dans la conquête des savoirs et des savoirs agir. Comment y parvenir ? En empruntant les ponts qui sauront nous transporter d’une rive à l’autre, chacune gardant ses spécificités et sa valeur propre.

C’est au tour de Suzanne Tamse d’y aller de ses commentaires sur la place qu’occupe la langue, cette fois aussi dans les sciences. Dans « Écrire : un outil pour construire ses connaissances en sciences », l’auteure est claire : l’utilisation de l’écriture comme stratégie d’apprentissage dans les sciences a des vertus indéniables, même si elle n’est pas encore exploitée comme elle le devrait. Madame Tamse dresse le profil de la formation universitaire que les futurs enseignants reçoivent à l’université. Ils y apprendront que la science peut exister sans trace graphique et que, par voie de conséquence, l’écriture doit prendre une place prépondérante dans l’apprentissage des sciences. Les élèves écrivent pour répondre à deux exigences : écrire pour soi et écrire pour les autres. Ces diverses exigences se manifesteront de multiples façons, ce qui nous est clairement explicité sous forme de tableaux. Encore une fois, il est évident que le français est la pierre angulaire de cette façon d’envisager l’enseignement et l’apprentissage en sciences.

C’est au tour de quelques enseignants de nous faire savoir ce qui se passe dans les classes, principalement dans les classes d’histoire et de géographie. À partir d’entrevues avec Mesdames Clémence Cossette, Michelle Couture et Monsieur Michel Boucher, nous pourrons participer à diverses activités toutes aussi intéressantes les unes que les autres qui démontrent que, pour certains enseignants, le français est une préoccupation quotidienne dans la matière qu’ils enseignent. Nous pourrons même constater que certaines de ces activités se répandent à la grandeur de l’école, leur donnant alors un poids beaucoup plus considérable. La première entrevue est intitulée « Silence, on écrit » et la deuxième, « Le français, nous nous en occupons ! »

Marcel Thouin, dans son article « La vulgarisation scientifique, œuvre ouverte », nous entretient de la difficulté en lecture posée par les textes scientifiques et de la non moindre difficulté à proposer des textes vulgarisés. Il y a de nombreux commentaires sur l’écart existant entre les scientifiques et le grand public, écart dû à l’éloignement de la science du monde de tous les jours, à l’hermétisme du langage scientifique, à l’attitude de grand public qui veut consommer le texte scientifique comme il consomme les biens matériels. Monsieur Thouin établit un parallèle intéressant entre la vulgarisation scientifique et la critique artistique trouvant à cette dernière des qualités d’accessibilité inexistantes chez l’autre.

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