Laide
à lapprentissage
par
Réal Bergeron et Jocelyne Cauchon
Quest-ce que lévaluation comme aide à lapprentis-sage ?
Pour répondre à la question, il nous faut, bien sûr,
prendre en compte le nouveau contexte scolaire et réexaminer
les nouveaux rôles de lenseignant et de lélève.
Tout ceci nous amène à reconsidérer lapprentissage
autour de cette idée forte : lélève
est lacteur principal de la construction de son savoir. De son
côté, lenseignant est guide et médiateur
pour faciliter ce travail de construction. Pour reprendre une expression
de Favre (2001)1, il « accompagne la déstabilisation
cognitive et affective » nécessaire à tout
apprentissage.
Aider les élèves à apprendre et à réguler
leurs apprentissages, ça veut dire quoi au juste, pour lenseignant ?
Sans doute adopter une attitude différente à légard
de lévaluation, modifier sa pratique pédagogique,
repenser ses outils dévaluation et quoi encore
Le ministère de lÉducation souscrit à cette
orientation et en facilite lapplication en produisant des échelles
de niveaux de compétence. Les échelles pour le primaire
sont maintenant disponibles dans les milieux scolaires. Dans quelle
mesure aideront-elles les élèves dans leurs apprentissages ?
À quelles étapes de la démarche dévaluation
seront-elles utiles ? Viennent-elles bouleverser complètement
les pratiques des enseignantes ou sinscrivent-elles dans un
long cheminement commencé déjà avec les anciens
programmes et les questionnements quils apportaient ? Sont-elles
incompatibles avec les grilles de correction ? Que se fait-il
dans les milieux pour soutenir lapplication de cette évaluation ?
Voilà autant de questions que le présent dossier aborde
modestement.
Suzanne Belzil, dans le mouvement de la réforme scolaire, réitère
la fonction centrale de lévaluation comme aide à
lapprentissage, donc résolument intégrée
à lacte dapprendre et denseigner. Elle sensibilise
le lecteur aux nouvelles formes et aux nouveaux outils dévaluation
sur lesquels lenseignant pourrait sappuyer pour évaluer
les compétences des élèves. Les échelles
des niveaux de compétence en sont un exemple.
Mais concrètement, comment lenseignant peut-il intervenir
dans cette nouvelle culture dévaluation ? En lecture,
Monique Le Pailleur, Gisèle Magny et Dominique Cardin se penchent
sur le rôle exigeant mais crucial de lenseignant médiateur
dans les apprentissages des élèves. Ce dernier doit
veiller à ce que chacun construise du sens à partir
de sa propre culture et en interaction avec une communauté
de lecteurs. En ce sens, il sera à laffût des manifestations
des élèves eu égard à des niveaux de compétence
et posera ainsi les gestes régulateurs appropriés. En
écriture, Jacques Crinon propose un logiciel daide, le
Scripertexte, qui consiste à aider les élèves
à réécrire leur texte en consultant une banque
ordonnée de fragments de textes ressources. Un bloc-notes électronique
leur permet de prendre des notes en cours de lecture afin de les réinvestir
dans leur propre texte. Écrire en lisant pour améliorer
son texte, est-ce possible ? Il semble bien que oui. Non seulement
le texte réécrit par lélève dépasse-t-il
lamélioration des simples caractéristiques formelles
de type et de genre, mais le processus même de création
chez lélève sen trouve relancé et
le contenu de son texte plus fourni et mieux ciblé vers un
lecteur. De leur côté, Gilles Fortier et Clémence
Préfontaine mettent laccent sur une pratique structurante
de lenseignement-apprentissage de lécrit au secondaire.
Structurée autour de dix instruments, que les élèves
consignent dans leur portfolio, cette « approche dencadrement
et de soutien dynamique » permet à lenseignant
de mieux accompagner le développement de leurs compétences
rédactionnelles. Voilà une aide concrète aux
élèves, qui devrait peu à peu modifier leur rapport
à lécrit et soulager, merci mon Dieu, lenseignant
dans son travail dévaluation des productions écrites !
Enfin, Monique Le Pailleur et Aline Boulanger présentent au
lecteur des expériences qui font la démonstration que
les écrits instrumentaux, différents des écrits
communicationnels, constituent des moyens concrets dutiliser
la langue au service de lapprentissage des élèves.
Le soutien accordé aux intervenants scolaires, et particulièrement
aux enseignants, durant la période dimplantation dune
réforme, représente une condition gagnante. Ainsi, deux
expériences daccompagnement sont rapportées dans
les articles suivants. Dabord, Louise Lafortune nous sensibilise
à limportance des croyances, des émotions et des
résistances lorsquil sagit daborder des changements
de pratiques en évaluation. Elle fait ressortir comment la
création de conflits cognitifs peut devenir un atout favorable
au changement. Elle termine par des propositions dactions et
de moyens permettant de travailler dans une perspective socioconstructiviste.
Une pratique réflexive bien réelle pour aider les enseignants
dans ce processus de changement ! Ensuite, deux conseillères
pédagogiques, Jocelyne Cauchon et Ginette Giroux, et deux enseignantes
du 1er cycle, Joanne Cervant et Lyse Thibault-Rhéaume, relatent
leur expérience à propos des changements de pratiques
évaluatives : lévaluation centrée
sur lélève et sur les comportements évolutifs
quil manifeste en apprentissage de lécriture et
de la lecture. Elles font ressortir laspect dynamique de la
formation continue en témoignant de la démarche bien
personnelle quelles ont utilisée pour aborder le changement.
Enfin, le dossier se termine sur limportance de la motivation,
facteur essentiel à laide à lapprentissage.
Rolland Viau se questionne sur lévaluation comme source
de motivation ou de démotivation en classe. Il formule quatre
principes daction susceptibles de guider les enseignants désireux
de faire de leurs pratiques évaluatives un facteur de motivation.
Quant à Raphaël Riente, il soutient que lhumour,
comme facteur motivationnel, se marie merveilleusement bien avec le
développement de la compétence à écrire
dans une classe du secondaire. Bonne lecture.
Référence : Daniel Favre,
« Accompagner la déstabilisation cognitive et affective »,
Cahiers pédagogiques, no 393, 2001.