Dany Laferrière
Comment faire l’amour avec un Nègre sans
se fatiguer

[Montréal], VLB éditeur, [1989], 151 p.
[1re édition : 1985]


FICHE | 131
 

Comment faire l’amour
avec un Nègre sans se fatiguer
ou une dénonciation du racisme
à travers la baise

Présentation par Aurélien Boivin

Premier roman largement autobiographique de Dany Laferrière, un écrivain d’origine haïtienne installé au Québec depuis la fin des années 1970, Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer a connu un retentissant succès. Publié en 1985 chez VLB éditeur, le roman est réédité en 1989, chez le même éditeur d’abord, puis à Paris la même année, avant d’entrer dans la collection « J’ai lu » l’année suivante. Traduit en anglais par David Homel, lui-même romancier migrant, en 1987, il est édité à Londres en 1991. Une édition en langue espagnole paraît en 1997. En 1989, le cinéaste Jacques Wilbrod Benoit le porte à l’écran dans une production franco-québécoise2 qui est loin d’avoir eu le succès de l’œuvre originale.

De quoi s’agit-il ? Le narrateur résume lui-même brièvement son court roman, lors d’un dialogue avec Bouba, son ami colocataire : « C’est simple, c’est un type, un Nègre, qui vit avec un copain qui passe son temps couché sur un Divan à ne rien faire sinon à méditer, à lire le Coran, à écouter du jazz et à baiser quand ça vient » (p. 55). À la fin du roman qu’il écrit et que nous lisons, il participe à l’émission Noir sur Blanc qu’anime Denise Bombardier à la télévision de Radio-Canada. Au début de l’entrevue, l’animatrice, qui affirme avoir lu le roman (!), le résume à son tour : « Ça se passe au Carré Saint-Louis. C’est, brièvement, l’histoire de deux jeunes Noirs qui passent un été chaud à draguer les filles et à se plaindre. L’un est amoureux de jazz et l’autre de littérature. L’un dort à longueur de journée ou écoute du jazz en récitant le Coran, l’autre écrit un roman sur ce qu’ils vivent ensemble » (p. 145). C’est, d’avouer encore l’animatrice, « le premier véritable portrait de Montréal venant d’un écrivain noir » et, selon elle, l’écrivain a « eu la dent dure » (p. 146), ce qu’avait aussi prétendu Jean Éthier-Blais dans sa critique tout aussi imaginaire du Devoir : « Je n’ai jamais rien lu d’aussi fort, d’aussi neuf, d’aussi évident. C’est le plus terrible portrait de Montréal que j’ai eu sous les yeux depuis des années » (p. 142-143). Comment faire l’amour […] est un livre qui parle de préjugés à l’égard de la race noire et, aux yeux de la Moral Majority, « une ordure qui salit son lecteur, qui a pour unique but d’avilir la Race Blanche dans ce qu’elle a de plus sacré : LA FEMME » (p. 148). C’est aussi, il faut en convenir, l’un des premiers romans écrits par un Noir qui jette un regard sur l’autre, le Blanc, et qui aborde, parfois crûment et non sans provocation, les rapports entre les Noirs, que le narrateur appelle toujours les Nègres, et l’Occident. Comment faire l’amour […], c’est aussi une histoire d’écriture puisque Vieux, le héros, se livre à l’écriture d’un roman, plutôt de fantasmes, comme il le dit, qui est publié à la fin et qui reçoit un accueil plus que favorable, comme le confirment quelques extraits imaginaires de critiques littéraires connus, comme Jean Éthier-Blais, Pierre Vallières, Réginald Martel, Gilles Marcotte, voire Denise Bombardier, dont l’entrevue avec le romancier, imaginaire elle aussi, explique le sens, la portée du roman.

 


Chaque fiche de lecture (trois à quatre pages) publiée dans la revue Québec français analyse le roman sous les aspects suivants : le titre, la structure, le temps, le lieu, les personnages, les principaus thèmes, la langue et la portée de l’œuvre.

Pour rejoindre l’auteur des fiches de lecture : Aurelien.Boivin@lit.ulaval.ca

 



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