DOSSIER LITTÉRAIRE no 132
 


L’art de raconter

par Gilles Perron

Qu’elle trouve son origine dans un big bang théorique ou dans un élan créateur en six jours, l’humanité n’échappe pas au récit. La Genèse change au gré des religions, mais aucune ne saurait se passer d’un commencement. Chacun de nous, seul ou en groupe, a un passé déterminé, un présent en train de se faire et un avenir qui n’est connu que de Jojo Savard. Que cela nous plaise ou non, nous sommes des personnages ; et notre vie est une histoire.

Qu’elle trouve son origine dans un big bang théorique ou dans un élan créateur en six jours, l’humanité n’échappe pas au récit. La Genèse change au gré des religions, mais aucune ne saurait se passer d’un commencement. Chacun de nous, seul ou en groupe, a un passé déterminé, un présent en train de se faire et un avenir qui n’est connu que de Jojo Savard. Que cela nous plaise ou non, nous sommes des personnages ; et notre vie est une histoire.La vie est-elle un roman ? Les romans sont-ils la vie ?

Isabelle L’Italien, dans le premier article de ce dossier, répond à cette double question. Le personnage serait-il mi-chair, mi-papier ? Ce qui est certain, c’est qu’à partir du moment où il est un être de fiction, il s’inscrit nécessairement dans un récit construit où tout devient signifiant. On suivra avec plaisir le trajet pédagogique proposé par L’Italien, qui nous fait voir l’utilité d’amener les étudiants, lecteurs de J. K. Rowling et narratologues amateurs, à saisir l’importance de savoir répondre à une question en apparence anodine : pourquoi Harry Potter porte-t-il des lunettes ?

Dans le même esprit pédagogique, Stéphane Desrosiers propose une lecture des procédés narratifs qui passe par l’écriture. Variations sur une même phrase, jeux oulipiens ou rédactions orientées vers la reconnaissance d’un genre littéraire donné sont autant de manières de mieux saisir les stratégies narratives porteuses du sens d’un texte. Dans l’article suivant, je me permets d’élargir la définition du récit en transportant les notions de personnage, de narrateur, de lieu ou de temps de l’histoire dans une chanson de Richard Desjardins, « Buck ». Pour sa part, Simon Bouliane s’attarde aux procédés narratifs récurrents dans les romans policiers écrits pour la littérature jeunesse. Enfin, Steve Laflamme fait une lecture narratologique de L’homme à qui il poussait des bouches, de Jean-Jacques Pelletier. Laflamme montre à quel point les procédés de narration et de focalisation, de même que les jeux de temporalité, contribuent à l’efficacité du registre fantastique dans le roman de Pelletier.

Sans verser dans l’eschatologie, il faut bien reconnaître que tout ce qui commence doit finir. L’avantage du récit de fiction sur la vie, c’est qu’une fois le livre refermé, on peut y revenir aussi souvent qu’on le souhaite. Et c’est dans les lectures multiples qu’on peut savourer le plaisir de reconnaître dans un texte le génie humain du romancier-architecte à l’origine de sa construction.

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