DOSSIER DIDACTIQUE no 132
 


Le français, langue seconde

Par Louise Savoie, rédactrice invitée

Québec français ouvre ses pages à la problématique de l’enseignement/apprentissage du français comme langue seconde. Mais qu’en est-il de cette appellation dans notre milieu scolaire québécois marqué par la diversité et la pluralité ? En effet, devons-nous parler d’approche de langue première, seconde ou partenaire ? Notre vision devrait-elle ne plus se limiter aux particularités des élèves, qu’ils soient migrants, francophones ou anglophones, mais plutôt se faire englobante ?

Dans ce dossier, des collègues nous offrent une loupe qui révèle, en les grossissant, des traits qui permettent de lire la société dans laquelle nous nous inscrivons. Leurs recherches, leur réflexion et leur investigation nous ouvrent à la pédagogie du respect, de l’ouverture et de l’interculturel, pour « se reconnaître et mieux se connaître dans et à travers l’Autre pour s’enrichir et s’approprier mutuellement » (Galisson, cité par Lussier).
Françoise Armand nous propose le projet ÉLODiL, projet pour un éveil à la diversité linguistique, suivi de quelques exemples d’activités réalisées au 3e cycle du primaire en milieux pluriethniques montréalais. Ses observations sur les effets de ces activités montrent « l’évolution des représentations que les élèves ont de la diversité linguistique ainsi que de leurs habiletés de réflexion métalinguistique » et l’appropriation de stratégies d’apprentissage.

Les données que Valérie Amireault a recueillies sur l’intégration des immigrants dans la société québécoise nous permettent de constater que « la langue française prend une place de plus en plus importante par rapport aux derniers recensements, que ce soit sur le plan de l’augmentation de la proportion des foyers d’immigrants où l’on parle français, des transferts linguistiques accrus vers le français ou encore de la connaissance grandissante du français chez les immigrants allophones ».

Denise Lussier met en évidence « l’importance de revoir nos modèles d’enseignement/apprentissage et d’inventorier de nouvelles pistes d’interventions pédagogiques », de « créer des situations d’apprentissage permettant aux apprenants d’interagir socialement dans des situations dépassant le stéréotype et les éléments folkloriques, et d’apprendre aux élèves la médiation culturelle ».

Quant à Linda de Serres, elle s’interroge : le multimédia en classe de langue est-il un effet de mode ? Selon l’auteure, sa venue soulève, chez l’enseignant, autant de questions que de réponses : quoi faire, comment faire, comment évaluer ? Puisque « le multimédia consiste en une mobilisation orchestrée de quelques-unes, de plusieurs ou de toutes les formes de représentation du savoir connues à ce jour », elle constate que l’enseignant responsable se doit de transformer ses pratiques pédagogiques et d’adopter de nouveaux rôles, dont celui de médiateur de savoirs.

Zakia Benzakour se penche sur les perceptions des jeunes immigrants maghrébins francophones à propos des variétés de langue parlées au Québec. À son avis, la familiarisation avec la variété locale apparaît comme un acte symbolique d’ouverture à son nouveau milieu, d’autant plus que le français d’ici à « une connotation identitaire forte ».

De lwur côté, Claude Germain et Joan Netten nous présentent une nouvelle option « prometteuse pour le développement du FL2 [français langue seconde] en milieu scolaire » : le français intensif. Environ 600 élèves anglophones, répartis dans 23 classes dans la province de Terre-Neuve-et-Labrador, ont déjà participé à cette expérimentation à laquelle s’ajoutent maintenant quatre autres provinces canadiennes. Ils nous font part des récents résultats de cette nouvelle approche orientée vers la littératie qui allie aisance et précision.

Dans le cadre des structures d’accueil lausannoises, en Suisse, il existe une didactique et une pédagogie propres à l’apprentissage du français langue seconde et à l’accueil d’élèves migrants, un programme, des modules de formation initiale des enseignants et une volonté politique de réussir l’intégration des nouveaux arrivants. Claudine Pont et Christophe Blanchet nous présentent les objectifs liés à l’enseignement du français langue seconde ainsi que les habiletés nécessaires pour développer des compétences communicatives qui allient les savoir-faire (qualité) et les savoir-être (fluidité) pour ces élèves allophones.

Enfin, Anne-Rosine Delbart de Belgique fait ressortir les difficultés de répartir les limites, les zones qui appartiennent au français langue maternelle et au français langue seconde et le danger de leur coller une étiquette qui évacuerait tout ce qui est proximité géographique, proximité historique, filiation diachronique objective, parenté morphosyntaxique, affinités proclamées entre des langues voisines.
Bonne lecture !

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