Le
français, langue seconde
Par
Louise Savoie, rédactrice invitée
Québec français ouvre ses pages à la problématique
de lenseignement/apprentissage du français comme langue
seconde. Mais quen est-il de cette appellation dans notre milieu
scolaire québécois marqué par la diversité
et la pluralité ? En effet, devons-nous parler dapproche
de langue première, seconde ou partenaire ? Notre vision
devrait-elle ne plus se limiter aux particularités des élèves,
quils soient migrants, francophones ou anglophones, mais plutôt
se faire englobante ?
Dans ce dossier, des collègues nous offrent une loupe qui révèle,
en les grossissant, des traits qui permettent de lire la société
dans laquelle nous nous inscrivons. Leurs recherches, leur réflexion
et leur investigation nous ouvrent à la pédagogie du
respect, de louverture et de linterculturel, pour « se
reconnaître et mieux se connaître dans et à travers
lAutre pour senrichir et sapproprier mutuellement »
(Galisson, cité par Lussier).
Françoise Armand nous propose le projet ÉLODiL, projet
pour un éveil à la diversité linguistique, suivi
de quelques exemples dactivités réalisées
au 3e cycle du primaire en milieux pluriethniques montréalais.
Ses observations sur les effets de ces activités montrent « lévolution
des représentations que les élèves ont de la
diversité linguistique ainsi que de leurs habiletés
de réflexion métalinguistique » et lappropriation
de stratégies dapprentissage.
Les données que Valérie Amireault a recueillies sur
lintégration des immigrants dans la société
québécoise nous permettent de constater que « la
langue française prend une place de plus en plus importante
par rapport aux derniers recensements, que ce soit sur le plan de
laugmentation de la proportion des foyers dimmigrants
où lon parle français, des transferts linguistiques
accrus vers le français ou encore de la connaissance grandissante
du français chez les immigrants allophones ».
Denise Lussier met en évidence « limportance
de revoir nos modèles denseignement/apprentissage et
dinventorier de nouvelles pistes dinterventions pédagogiques »,
de « créer des situations dapprentissage permettant
aux apprenants dinteragir socialement dans des situations dépassant
le stéréotype et les éléments folkloriques,
et dapprendre aux élèves la médiation culturelle ».
Quant à Linda de Serres, elle sinterroge : le multimédia
en classe de langue est-il un effet de mode ? Selon lauteure,
sa venue soulève, chez lenseignant, autant de questions
que de réponses : quoi faire, comment faire, comment évaluer ?
Puisque « le multimédia consiste en une mobilisation
orchestrée de quelques-unes, de plusieurs ou de toutes les
formes de représentation du savoir connues à ce jour »,
elle constate que lenseignant responsable se doit de transformer
ses pratiques pédagogiques et dadopter de nouveaux rôles,
dont celui de médiateur de savoirs.
Zakia Benzakour se penche sur les perceptions des jeunes immigrants
maghrébins francophones à propos des variétés
de langue parlées au Québec. À son avis, la familiarisation
avec la variété locale apparaît comme un acte
symbolique douverture à son nouveau milieu, dautant
plus que le français dici à « une connotation
identitaire forte ».
De lwur côté, Claude Germain et Joan Netten nous présentent
une nouvelle option « prometteuse pour le développement
du FL2 [français langue seconde] en milieu scolaire » :
le français intensif. Environ 600 élèves
anglophones, répartis dans 23 classes dans la province
de Terre-Neuve-et-Labrador, ont déjà participé
à cette expérimentation à laquelle sajoutent
maintenant quatre autres provinces canadiennes. Ils nous font part
des récents résultats de cette nouvelle approche orientée
vers la littératie qui allie aisance et précision.
Dans le cadre des structures daccueil lausannoises, en Suisse,
il existe une didactique et une pédagogie propres à
lapprentissage du français langue seconde et à
laccueil délèves migrants, un programme,
des modules de formation initiale des enseignants et une volonté
politique de réussir lintégration des nouveaux
arrivants. Claudine Pont et Christophe Blanchet nous présentent
les objectifs liés à lenseignement du français
langue seconde ainsi que les habiletés nécessaires pour
développer des compétences communicatives qui allient
les savoir-faire (qualité) et les savoir-être (fluidité)
pour ces élèves allophones.
Enfin, Anne-Rosine Delbart de Belgique fait ressortir les difficultés
de répartir les limites, les zones qui appartiennent au français
langue maternelle et au français langue seconde et le danger
de leur coller une étiquette qui évacuerait tout ce
qui est proximité géographique, proximité historique,
filiation diachronique objective, parenté morphosyntaxique,
affinités proclamées entre des langues voisines.
Bonne lecture !