Pierre Billon

L’enfant du cinquième Nord
[Montréal], Boréal (Boréal compact, no 147), [2003], 308[1] p. [1re édition : sous-titré Mamatowee Awashis), Montréal, Québec/Amérique, [1982], 323[2] p., et Paris, Éditions du Seuil, [1982], 309 p.].

FICHE | 132
 

L’enfant du cinquième Nord
ou le procès de la science et de la société

Présentation par Aurélien Boivin

Troisième roman de Pierre Billon, écrivain d’origine suisse, mais Québécois d’adoption depuis 1961, L’enfant du cinquième Nord1 emprunte à la fois au roman de science-fiction, au roman policier, au roman social et au roman psychologique. Publié pour la première fois en 1982, simultanément chez Québec/Amérique et au Seuil à Paris, au lendemain du premier Référendum, il est rapidement devenu un best-seller et a été réédité à plusieurs reprises, notamment chez Boréal en 2003, en plus d’être traduit en anglais en 1996. Grand Prix de la science-fiction québécoise en 1983, il n’a pas encore attiré l’attention d’un réalisateur, qui pourrait pourtant en tirer un film d’une grande intensité.

De quoi s’agit-il ?
L’intrigue est bâtie comme un véritable roman policier dans lequel Daniel Lecoultre, le narrateur intradiégétique, c’est-à-dire qui participe à l’action, joue en quelque sorte le rôle d’enquêteur. Séparé de son épouse depuis deux ans, ce narrateur confie sa fille Florence, à peine âgée de 6 ans, atteinte d’un cancer, aux spécialistes du Memorial Hospital d’Ottawa. Il y fait la rencontre d’un jeune garçon de 10 ans, Max Sieber, victime d’une maladie mystérieuse qui échappe aux médecins, mais qui semble provoquer une série d’incidents tous aussi extraordinaires les uns que les autres. Sa seule présence dans l’aile du cinquième Nord de ce réputé centre hospitalier perturbe notamment le système informatique de l’établissement – les fichiers sont malencontreusement effacés – et plusieurs objets, voire des lits, sont altérés au point qu’ils sont devenus inutilisables, quand ils ne disparaissent pas complètement, alors que tout ce qui est biologique ou organique, les tissus par exemple, résiste au contact du malade. Lacoultre en vient rapidement à la conclusion, tout comme le Dr Davis, qui soigne l’étrange malade, que le gamin, né d’une liaison incestueuse entre un frère et sa sœur, est atteint d’un mal mystérieux qui affecte les matériaux non organiques en provoquant « une sorte de lèpre qui s’en prenait aux objets et se développait de façon particulièrement virulente sur les métaux, le verre et toutes les matières synthétiques » (p. 181). Vite mis au courant d’un tel phénomène, le gouvernement canadien tente de percer le mystère de peur de voir anéantir son arsenal de défense et dans l’espoir aussi de s’en servir contre d’éventuels ennemis puisqu’ils disposeraient ainsi « d’une nouvelle arme terrifiante » (p. 286). La Gendarmerie royale du Canada entre alors en scène pour transférer secrètement le malade dans une base militaire du Grand Nord où, au lieu de diminuer, « l’effet Sieber », comme on le qualifie désormais, s’intensifie au point qu’il est directement relié à la guérison de quatorze enfants atteints de cancer avec lesquels Max a été en contact au Memorial Hospital. Les Américains ne tardent pas à se manifester à leur tour, car « Ottawa avait fait débloquer plusieurs questions en litige dans le contentieux des relations avec Washington, en échange du transfert de l’enfant dans un laboratoire de recherches de l’armée américaine, situé près de Tanana, en Alaska » (p. 251-252). L’avion qui le transporte depuis l’unité de décontamination de la base de Wabashikokak dévie de sa course, à la suite d’une série de pannes d’instruments de navigation, s’écrase dans la région de Hornby (p. 269) et est rapidement pulvérisé par l’effet Sieber. Tous les occupants sont tués, à l’exception d’un spécialiste de l’informatique, Kenneth Hnatzynshyn (p. 78), qui avait percé le mystère Sieber et qui s’était réfugié à l’orée d’une forêt, porteur de la « boîte orange », c’est-à-dire de l’émetteur de localisation d’urgence destiné à faciliter les recherches de l’appareil. C’est ce savant informaticien qui fournit, à la fin, en rendant visite au narrateur dans une île de la Côte Est des États-Unis, la nature de l’effet Sieber, une explication scientifique du phénomène que n’ont pu reconnaître ni les gouvernements ni les scientifiques afin de protéger le gamin. En faisant intervenir l’astrophysique et l’énergie cosmique de même que le récent passage de la comète Halley, les vents solaires et les aurores boréales, il en était arrivé à prouver que « [c’]était la concentration [des] radiations sub-atomiques qui causait l’effet Sieber » (p. 298).

 


Chaque fiche de lecture (trois à quatre pages) publiée dans la revue Québec français analyse le roman sous les aspects suivants : le titre, la structure, le temps, le lieu, les personnages, les principaus thèmes, la langue et la portée de l’œuvre.

Pour rejoindre l’auteur des fiches de lecture : Aurelien.Boivin@lit.ulaval.ca

 



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