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Lenfant du cinquième Nord
ou le procès de la science et de la société
Présentation
par
Aurélien Boivin
Troisième roman de Pierre Billon, écrivain dorigine
suisse, mais Québécois dadoption depuis 1961, Lenfant
du cinquième Nord1 emprunte à la fois au roman de science-fiction,
au roman policier, au roman social et au roman psychologique. Publié
pour la première fois en 1982, simultanément chez Québec/Amérique
et au Seuil à Paris, au lendemain du premier Référendum,
il est rapidement devenu un best-seller et a été réédité
à plusieurs reprises, notamment chez Boréal en 2003, en
plus dêtre traduit en anglais en 1996. Grand Prix de la science-fiction
québécoise en 1983, il na pas encore attiré
lattention dun réalisateur, qui pourrait pourtant en
tirer un film dune grande intensité.
De
quoi sagit-il ?
Lintrigue est bâtie comme un véritable roman policier
dans lequel Daniel Lecoultre, le narrateur intradiégétique,
cest-à-dire qui participe à laction, joue en
quelque sorte le rôle denquêteur. Séparé
de son épouse depuis deux ans, ce narrateur confie sa fille Florence,
à peine âgée de 6 ans, atteinte dun cancer,
aux spécialistes du Memorial Hospital dOttawa. Il y fait
la rencontre dun jeune garçon de 10 ans, Max Sieber,
victime dune maladie mystérieuse qui échappe aux médecins,
mais qui semble provoquer une série dincidents tous aussi
extraordinaires les uns que les autres. Sa seule présence dans
laile du cinquième Nord de ce réputé centre
hospitalier perturbe notamment le système informatique de létablissement
les fichiers sont malencontreusement effacés et plusieurs
objets, voire des lits, sont altérés au point quils
sont devenus inutilisables, quand ils ne disparaissent pas complètement,
alors que tout ce qui est biologique ou organique, les tissus par exemple,
résiste au contact du malade. Lacoultre en vient rapidement à
la conclusion, tout comme le Dr Davis, qui soigne létrange
malade, que le gamin, né dune liaison incestueuse entre un
frère et sa sur, est atteint dun mal mystérieux
qui affecte les matériaux non organiques en provoquant « une
sorte de lèpre qui sen prenait aux objets et se développait
de façon particulièrement virulente sur les métaux,
le verre et toutes les matières synthétiques »
(p. 181). Vite mis au courant dun tel phénomène,
le gouvernement canadien tente de percer le mystère de peur de
voir anéantir son arsenal de défense et dans lespoir
aussi de sen servir contre déventuels ennemis puisquils
disposeraient ainsi « dune nouvelle arme terrifiante »
(p. 286). La Gendarmerie royale du Canada entre alors en scène
pour transférer secrètement le malade dans une base militaire
du Grand Nord où, au lieu de diminuer, « leffet
Sieber », comme on le qualifie désormais, sintensifie
au point quil est directement relié à la guérison
de quatorze enfants atteints de cancer avec lesquels Max a été
en contact au Memorial Hospital. Les Américains ne tardent pas
à se manifester à leur tour, car « Ottawa avait
fait débloquer plusieurs questions en litige dans le contentieux
des relations avec Washington, en échange du transfert de lenfant
dans un laboratoire de recherches de larmée américaine,
situé près de Tanana, en Alaska » (p. 251-252).
Lavion qui le transporte depuis lunité de décontamination
de la base de Wabashikokak dévie de sa course, à la suite
dune série de pannes dinstruments de navigation, sécrase
dans la région de Hornby (p. 269) et est rapidement pulvérisé
par leffet Sieber. Tous les occupants sont tués, à
lexception dun spécialiste de linformatique,
Kenneth Hnatzynshyn (p. 78), qui avait percé le mystère
Sieber et qui sétait réfugié à lorée
dune forêt, porteur de la « boîte orange »,
cest-à-dire de lémetteur de localisation durgence
destiné à faciliter les recherches de lappareil. Cest
ce savant informaticien qui fournit, à la fin, en rendant visite
au narrateur dans une île de la Côte Est des États-Unis,
la nature de leffet Sieber, une explication scientifique du phénomène
que nont pu reconnaître ni les gouvernements ni les scientifiques
afin de protéger le gamin. En faisant intervenir lastrophysique
et lénergie cosmique de même que le récent passage
de la comète Halley, les vents solaires et les aurores boréales,
il en était arrivé à prouver que « [c]était
la concentration [des] radiations sub-atomiques qui causait leffet
Sieber » (p. 298).
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