A u cœur de la forêt de l’Allagash, un canotier parti en expédition solitaire est secouru miraculeusement par une jeune autochtone. Nanatasis (qui veut dire « colibri » ou aussi « en mutation ») vit en ermite au creux d’une grotte.

Elle y veille sur ses amis, un colibri, un écureuil et Moz, son frère l’orignal. L’espace de quelques jours, le temps de soigner une blessure à l’épaule qui l’empêche de reprendre sa route, l’explorateur partage avec sa bienfaitrice conversations et réflexions qui retracent le parcours de la vie sur Terre, depuis la naissance des planètes jusqu’aux guerres atomiques du XXe siècle. Les questions ingénues et sans détour de l’enfant appellent, chez le narrateur, des réponses simples et sans prétention, mais toujours complètes et vraies.

Un peu à la manière du Monde de Sophie, dont il rappelle les accents philosophiques, ou d’un Petit Prince en version amérindienne, Nanatasis aborde, pour des lecteurs de 10 ans et plus, une réflexion sur la paix, la fraternité et la liberté, et de cette réflexion se dégage une conscience planétaire à la fois simple et puissante. Qu’on ne s’y trompe pas : le récit ne ménage pas quelque série d’aventures ni même d’effets dramatiques qui tiendraient le lecteur en haleine. En lieu et place, des pauses méditatives encadrent une rencontre lumineuse entre un adulte et en enfant qui s’interrogent sur la beauté et la gravité de la destinée humaine. Avec beaucoup d’habileté, l’auteur sait rendre accessibles les notions scientifiques ou politiques les plus complexes en usant de métaphores et d’images qui les rendent transparentes, sans pour autant les appauvrir ou en atténuer la portée.

Robert Dutil, homme d’affaires et ancien ministre, livre ici un conte humaniste qui saura alimenter et approfondir la réflexion des jeunes d’aujourd’hui. Un guide pédagogique bien conçu est d’ailleurs disponible sur le site www.nanatasis.com et propose une série d’activités pour analyser le conte et en exploiter la portée thématique*. De belle facture, écrit dans une langue riche et soutenue, le roman s’enrichit des belles illustrations couleur de Martine Saura.
Isabelle L'Italien-Savard

 


Nanatasis
Robert Dutil
Illustrations de Martine Saura
Lévis, Éditions de la francophonie
2002, 156 pages

 
 
À la même adresse électronique, l’auteur permet de faire 35 copies du texte pour la somme de 35 $ (soit un dollar par copie), ce qui semble intéressant pour qu’une classe dispose d’un texte à faible coût.