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Du
mercure sous la langue
ou la révolte
dun adolescente
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> > Aurélien Boivin
Sylvain
Trudel est un écrivain talentueux, qui a fait une entrée
remarquée sur la scène littéraire avec son premier
roman, Le souffle de lharmattan (1987), dont il nous a donné
une version définitive (2001) et que la critique a acclamé,
impressionnée quelle a été par la facilité
avec laquelle le jeune romancier il avait 24 ans
parvient à simmiscer dans la peau de son narrateur, âgé
dune dizaine dannées. Il réussit le même
tour de force dans Du mercure sous la langue1, publié aux Allusifs
en 2001 et qui deviendra à lautomne 2005 le premier roman
québécois à être publié dans la prestigieuse
collection 10/18, en France, en donnant la parole à un adolescent
de seize ans, atteint dune maladie mortelle, un cancer des os qui
le ronge sournoisement. Serein au début, ce jeune homme, Frédéric
Langlois, devient de plus en plus agressif, voire révolté,
à mesure que les jours passent qui le rapprochent inévitablement
de la fin. Cette confession, dans laquelle il livre ses sentiments et
ses émotions, ses joies et ses peines, ses rêves comme ses
déceptions, est une sorte de bilan de sa (trop) courte existence,
refusant catégoriquement et sans équivoque toute compassion,
toute complaisance de la part des siens et de son entourage. Avec une
étonnante lucidité et un détachement surprenant pour
un jeune de son âge, il sen prend à la société
et fustige lespoir, lamour, surtout celui quil naura
jamais connu avec une femme, lamitié, le bonheur quil
ne connaîtra pas non plus, la liberté, la religion, quil
considère comme aliénante et superficielle, tout ce quil
appelle en définitive les illusions nécessaires aux humains
pour adoucir et comprendre leur condition tragique. Il règle ses
comptes avec Dieu, quil qualifie de « pauvre malade mental
qui sest inventé un fils condamné à moisir
dans limpuissance de lenfance » (p. 62). « Fait
comme un rat » (p. 48), il ne se fait plus aucune illusion
sur sa condition : « On dit que ce sont des étapes
ou des stades, quand on est un peu psychologue de cuisine ou philosophe
de véranda et quon écoute trop la télévision.
Et ça précède le terme, si je vois bien ce que je
veux dire » (p. 10-11). Tout ce que le jeune pense, il
le confie, cloué à son lit dhôpital, à
son cahier, comme sil sadressait à un auditoire. Au
terme de son long combat, il parvient à vaincre ses peurs et à
apprivoiser la mort, la grande faucheuse, qui ne lui a donné aucune
chance. « [D]éjà arrivé au bout de [s]a
corde comme un petit biquet qui a tout brouté sur son rond de pissenlits »
(p. 32), il est convaincu que sa disparition précipitée
ne changera rien au monde. Son style est oral, ses phrases sont longues,
presque toujours poétiques, souvent unies par la conjonction « et »,
comme dans la conversation des jeunes de son âge.
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