Sylvain Trudel
Du mercure
sous la langue

MontréaL
Les Allusifs
2001,
129[1] p.

FICHE | 139
 

Du mercure sous la langue
ou la révolte d’un adolescente

> > > Aurélien Boivin

Sylvain Trudel est un écrivain talentueux, qui a fait une entrée remarquée sur la scène littéraire avec son premier roman, Le souffle de l’harmattan (1987), dont il nous a donné une version définitive (2001) et que la critique a acclamé, impressionnée qu’elle a été par la facilité avec laquelle le jeune romancier – il avait 24 ans – parvient à s’immiscer dans la peau de son narrateur, âgé d’une dizaine d’années. Il réussit le même tour de force dans Du mercure sous la langue1, publié aux Allusifs en 2001 et qui deviendra à l’automne 2005 le premier roman québécois à être publié dans la prestigieuse collection 10/18, en France, en donnant la parole à un adolescent de seize ans, atteint d’une maladie mortelle, un cancer des os qui le ronge sournoisement. Serein au début, ce jeune homme, Frédéric Langlois, devient de plus en plus agressif, voire révolté, à mesure que les jours passent qui le rapprochent inévitablement de la fin. Cette confession, dans laquelle il livre ses sentiments et ses émotions, ses joies et ses peines, ses rêves comme ses déceptions, est une sorte de bilan de sa (trop) courte existence, refusant catégoriquement et sans équivoque toute compassion, toute complaisance de la part des siens et de son entourage. Avec une étonnante lucidité et un détachement surprenant pour un jeune de son âge, il s’en prend à la société et fustige l’espoir, l’amour, surtout celui qu’il n’aura jamais connu avec une femme, l’amitié, le bonheur qu’il ne connaîtra pas non plus, la liberté, la religion, qu’il considère comme aliénante et superficielle, tout ce qu’il appelle en définitive les illusions nécessaires aux humains pour adoucir et comprendre leur condition tragique. Il règle ses comptes avec Dieu, qu’il qualifie de « pauvre malade mental qui s’est inventé un fils condamné à moisir dans l’impuissance de l’enfance » (p. 62). « Fait comme un rat » (p. 48), il ne se fait plus aucune illusion sur sa condition : « On dit que ce sont des étapes ou des stades, quand on est un peu psychologue de cuisine ou philosophe de véranda et qu’on écoute trop la télévision. Et ça précède le terme, si je vois bien ce que je veux dire » (p. 10-11). Tout ce que le jeune pense, il le confie, cloué à son lit d’hôpital, à son cahier, comme s’il s’adressait à un auditoire. Au terme de son long combat, il parvient à vaincre ses peurs et à apprivoiser la mort, la grande faucheuse, qui ne lui a donné aucune chance. « [D]éjà arrivé au bout de [s]a corde comme un petit biquet qui a tout brouté sur son rond de pissenlits » (p. 32), il est convaincu que sa disparition précipitée ne changera rien au monde. Son style est oral, ses phrases sont longues, presque toujours poétiques, souvent unies par la conjonction « et », comme dans la conversation des jeunes de son âge.

 


Chaque fiche de lecture (trois à quatre pages) publiée dans la revue Québec français analyse le roman sous les aspects suivants : le titre, la structure, le temps, le lieu, les personnages, les principaus thèmes, la langue et la portée de l’œuvre.

Pour rejoindre l’auteur des fiches de lecture : Aurelien.Boivin@lit.ulaval.ca

 



  Pour la suite de la fiche, commander Québec français | 139