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Le Collectionneur ou la mort en série
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> > Aurélien Boivin
Publié au début de l’année 1995, Le Collectionneur de Chrystine Brouillet, lauréate du prix Robert-Cliche 1982 avec son roman Chère voisine inaugure la collection « Roman 16/96 » à La courte échelle, collection qui veut rejoindre les jeunes adultes. Ce roman marque le retour en force de l’enquêtrice Maud Graham, de la police criminelle de Québec, personnage qui a déjà fait sa marque dans Le poison dans l’eau (1987) et Préférez-vous les icebergs ? (1988), parus tous deux chez Denoël à Paris. Avec Le Collectionneur, que le cinéaste Jean Beaudin a porté à l’écran en 2002, avec Maude Guérin dans le rôle titre, Chrystine Brouillet a été sélectionnée pour le prix du public du Salon du livre de Montréal en 1995.
De quoi s’agit-il ?
Roman d’enquête, Le Collectionneur présente ce que le milieu du crime appelle un serial killer ou tueur en série. La découverte d’un cadavre affreusement mutilé d’une jeune femme dans un parc de Montréal, puis d’un autre, à Québec, relance l’hypothèse d’un tueur psychopathe qui, pour des raisons inconnues, s’en prend à des femmes fréquentant un centre de conditionnement physique. Les enquêteurs, sous la direction de Maud Graham, établissent très tôt des liens avec d’autres meurtres de jeunes femmes trouvées également mutilées aux États-Unis, à Miami d’abord, puis dans le Maine. S’il manque aux victimes tantôt un pied, une jambe ou un sein, comme si le tueur faisait collection de ces membres, les cadavres sont tous transpercés de trois piqûres profondes faites à l’aide de ce qui semble être un instrument dont on se servait au Moyen Âge pour déceler des marques diaboliques chez les sorcières. La situation se complique quand on découvre, sur les bords du fleuve, non loin des réservoirs qui longent le boulevard Champlain à Québec, le cadavre d’un artiste, appelé le Prof, qui fréquente le milieu homosexuel de la Vieille-Capitale. Le tueur en série s’attaque donc aussi à la gent masculine, sans que Maud Graham et son fidèle compagnon, André Rouaix, en connaissent les mobiles. Puis un enfant de douze ans à peine, en fugue depuis quelques jours, est kidnappé. Il faudra la sagesse, la patience et la grande perspicacité de Graham pour enfin remonter jusqu’au repaire de l’assassin, Michaël Rochon, dit le Collectionneur, pour délivrer à temps le jeune garçon et découvrir une véritable scène d’horreur : un mobile géant mu par des fils électriques courant le long des charpentes métalliques où l’on peut facilement apercevoir « un homme, qui n’était représenté que par un phallus pendant au bout d’une barre de métal, une femme, dont il [le meurtrier] avait reconstitué tout le corps, mais à qui il manquait une tête humaine, et un enfant qu’il devait empailler totalement » (p. 210). Le phallus était celui de l’artiste, François Berger, que le tueur avait émasculé afin d’empailler son organe sexuel, les parties du corps de la femme avaient été prélevées des cadavres de ses victimes, la tête, celle de sa propre mère, qu’il avait exhumée de son cercueil, attendait pour être ajoutée au mobile. Et l’enfant avait ainsi échappé à une mort affreuse, qu’une musique d’une chanson d’Elvis Presley, Love me tender, devait accompagner.
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