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SOMMAIRE 142
DOSSIER
LITTÉRAIRE
Les écrits de la Nouvelle-France
CHRONIQUES
Avec ce numéro, la revue Québec français entreprend un survol de la littérature québécoise depuis les premiers récits des explorateurs et des missionnaires, au début de la colonie, jusqu’au troisième millénaire. Le premier des quatre dossiers est consacré à la littérature de la Nouvelle-France ou du Régime français, une littérature qui s’étend de 1534, avec les récits de l’explorateur et navigateur Jacques Cartier, jusqu’à la Conquête anglaise et la signature du Traité de Paris, en 1763. Ces textes fondateurs fixent les paramètres de l’imaginaire littéraire québécois. On désigne généralement sous le nom « écrits de la Nouvelle-France » ces textes conservés dans les archives ou publiés en grande majorité en France et qui souvent n’ont été connus qu’au XIXe, voire au XXe siècle, grâce entre autres au Rapport de l’archiviste de la province de Québec et au Bulletin des recherches historiques. Il est vrai que la plupart des destinateurs de ces textes sont tous Français, comme les destinataires d’ailleurs. Bon nombre de textes s’adressent en effet au souverain, à ses ministres ou encore à ceux qui financent les expéditions dans le dessein d’en tirer profit un jour, que ce soit dans le domaine des fourrures ou des pêcheries, par exemple.
Maurice Lemire, auteur d’un ouvrage intitulé Les écrits de la Nouvelle-France, ouvre le dossier avec un texte qui présente une typologie des écrits de cette période qu’il divise en deux grandes catégories : les récits des explorateurs ou des « découvreurs » et les récits des missionnaires, dont les Relations des jésuites.
Auteur de l’édition critique des récits de Jacques Cartier publiés dans la collection « Bibliothèque du Nouveau Monde », Michel Bideaux, de l’Université de Bordeaux, s’intéresse à Jacques Cartier et à ses voyages d’exploration sur la côte de Terre-Neuve jusqu’à Gaspé, puis jusqu’à Québec où il fait œuvre de véritable ethnologue en notant us et coutumes des habitants rencontrés, la faune et la flore, les accidents géographiques, etc.
Alain Rathé propose une nouvelle lecture de Samuel de Champlain et se demande si ses nombreux textes publiés sont encore lisibles. Ce « compagnon des Amériques », dirait Miron, écrit dans une langue « raboteuse et varlopeuse » dont l’efficacité cache souvent l’émotion.
Isabelle Lachance, post-doctorante à l’UQTR, s’intéresse à Marc Lescarbot, qu’elle étudie depuis quelques années, tant l’historien (Histoire de la Nouvelle-France) et l’homme de théâtre (Le théâtre de Neptune) que le poète (Les muses de la Nouvelle-France) et l’auteur de quelques opuscules secondaires, moins connus, qui témoignent cependant de la polyvalence de cet homme d’action.
Catherine Broué, de l’UQAR, nous présente le père Louis Hennepin, missionnaire, explorateur et écrivain, compagnon de Robert Cavelier de La Salle, qui a laissé de son expédition au Mississippi un ouvrage fort important, Description de la Louisiane nouvellement découverte au Sud de la Nouvelle-France, avec, en prime, à la fin de l’ouvrage, un texte consacré aux Mœurs des sauvages, une description détaillée des us et coutumes des peuples amérindiens. Plus tard, il publie un autre ouvrage, Nouvelle Decouverte d’un pays plus grand que l’Europe […](1697), édition revue et augmentée de son premier ouvrage, suivi d’un troisième l’année suivante, Nouveau Voyage […] (1698), que la spécialiste commente sans négliger les détails.
Chantal Théry et Julie Roy s’intéressent, quant à elles, aux écrivaines de la période, depuis la mystique Marie de l’Incarnation (Marie Guyart) jusqu’à la bourgeoise Élisabeth Bégon et ses Lettres au cher fils. Les notices qui parsèment le dossier sont l’œuvre de Julie Roy, qui, comme Chantal Théry, a fait de ces premières écrivaines son champ de spécialisation.
Quant à Réal Ouellet, l’un des grands spécialistes de cette littérature, il nous fait connaître Adario, un personnage du baron de La Hontan, dont les écrits (Dialogues et ses récits de voyage), est-il besoin de le répéter, n’ont pas fait l’unanimité et continuent à susciter l’intérêt des spécialistes de la période.
Auteur d’un ouvrage sur Lescarbot et sur l’Acadie, qu’il connaît bien, Bernard Émont, attaché au ministère de l’Éducation nationale à Paris, nous fait découvrir l’Ordre du Bon Temps, une société fondée par Champlain et Lescarbot, destinée à « assurer l’approvisionnement régulier de la table du maître en viande et poisson frais, qui avaient tant manqué lors de l’hivernement à Sainte-Croix ». Il s’intéresse aussi au personnage Bon Temps, véritable figure de carnaval fort populaire et fort actif dans diverses fêtes et dans la tradition littéraire.
De son côté, Marie Fradette, qui vient tout juste de terminer une thèse de doctorat sur la littérature de jeunesse, s’est attardée à la représentation ou à l’image de la Nouvelle-France dans quelques romans jeunesse québécois. Enfin, les lecteurs liront avec profit la fiche de lecture, préparée par le soussigné, consacrée à la trilogie romanesque de Chrystine Brouillet, Marie LaFlamme, dont une bonne partie se déroule en Nouvelle-France, et qui présente une reconstitution de la vie quotidienne non pas des personnages historiques célèbres reconnus par l’Histoire, mais des colons, ces premiers habitants qui, avec courage et détermination, ont bâti ce pays, non sans misères et privations de toutes sortes.
La réussite pour tous, « à la mesure de chacun », est l’une des quatre orientations du Programme de formation de l’école québécoise qui servent de fondements aux interventions éducatives des enseignants. D’après ce programme, la différenciation pédagogique est une condition essentielle de la lutte contre l’échec scolaire.
Différencier, c’est placer chaque élève dans une situation optimale d’apprentissage, de développement de connaissances et de compétences. Cela implique une bonne connaissance des forces et des défis de chacun de façon à répondre à ses besoins et à ses intérêts. Les outils d’évaluation doivent donc être révélateurs, et les diagnostics, précis. Enfin, les pratiques de régulation et d’accompagnement guident les élèves et les appuient dans leurs efforts, afin qu’ils puissent exploiter leurs capacités, relever des défis à leur mesure et apprendre. Car, après tout, c’est à eux qu’il revient d’apprendre.
Les enseignants pratiquent la différenciation de différentes façons. De l’aide est fournie aux élèves qui en ont besoin : plus de temps est accordé à certains pour terminer un travail ; des conseils méthodologiques sont monnaie courante ; les activités, les approches et les pratiques diffèrent ; bref, l’enseignant se préoccupe toujours de motiver ses élèves, de susciter leur intérêt et de répondre à leurs besoins. En fait, malgré la présence du groupe, il tente le plus souvent de respecter l’individualité de chacun.
Les conditions gagnantes pour pratiquer une pédagogie différenciée prennent une gestion de classe souple, une planification cohérente et un peu de créativité didactique. Dans la salle de classe idéale, chaque élève choisit l’activité qui l’intéresse parmi toutes celles qui sont proposées. Par exemple, en français, quelques élèves ont la possibilité de lire différents romans dans le but de les présenter au reste de la classe ; d’autres préparent la rédaction d’un texte courant ou littéraire ; certains, en équipe, répètent une communication orale ; le reste de la classe termine un projet, etc. Pendant ce temps, l’enseignant rencontre quelques élèves individuellement pour revoir leurs forces et leurs défis, et leur proposer du soutien et de l’enrichissement. -Évi-dem-ment, il y a des moments réservés aux leçons, aux consignes, etc., où l’attention de toute la classe est requise. Pratiquer la différenciation, c’est faire appel à différentes stratégies, approches, pratiques et activités simultanément dans le but de motiver chaque élève à progresser dans ses apprentissages.
Ce dossier propose des articles traitant de pédagogie différenciée, du primaire au secondaire, exposant plusieurs points de vue et regroupant des activités pédagogiques pratiques, expérimentées en salle de classe. Ainsi, dans un article d’ouverture, Godelieve De Koninck démystifie la différenciation en nous rappelant, à juste titre, que les classes différenciées ont toujours existé, qu’il n’y a pas qu’une seule façon d’apprendre ou d’enseigner. Elle définit la différenciation pédagogique, énumère quelques principes de base nécessaires à son émergence et suggère quelques exemples d’activités pédagogiques différenciées (avec leurs modalités) pouvant se dérouler tant dans la classe de français que celle d’histoire.
De son côté, Réal Bergeron présente la différenciation dans la perspective de l’élève, comme étant une approche globale ouverte sur divers aspects de l’apprentissage : affectif, cognitif, métacognitif, socio-culturel, etc. De plus, il propose un dispositif didactique intégrant la différenciation dans une séquence d’enseignement en révision de textes qu’il a expérimentée en 4e secondaire, et une évaluation de son impact sur les apprentissages des élèves et les pratiques de l’enseignant. Pratiquer la différenciation ne signifie pas modifier complètement ses pratiques pédagogiques ; on peut l’intégrer dans certaines activités.
Marie-France Morin et Jennifer Parent propo-sent, quant à elles, un cercle littéraire pour les petits et les grands. Ce cercle permet aux élèves de travailler en trio autour du livre jeunesse. Ils sont ainsi amenés à jouer divers rôles : ceux de raconteur, de lecteur et de scripteur. Les auteures précisent les rôles de l’enseignant ainsi que les retombées scolaires et socio-affectives de leur projet.
De son côté, Nathalie Prévost définit et explique le rôle que jouent les habilités métalinguistiques dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Elle décrit d’abord l’importance de favoriser le développement des consciences phonologique, morphologique et syntaxique des jeunes écoliers dans le but de leur faire exercer un contrôle sur les nombreux aspects de la langue pour apprendre à lire et à écrire. L’auteure propose ensuite quelques activités pour favoriser le développement de chaque aspect de la langue.
L’intégration des élèves en difficulté d’apprentissage intéresse Julie Myre-Bisaillon et Antoine Giguère. Ceux-ci font état des mesures didactiques visant à modifier certaines pratiques enseignantes. Leurs interventions portent sur des activités de lecture selon le processus de lecture (avant-pendant-après) présenté par Jocelyne Giasson.
Louise Lafortune, quant à elle, développe un point de vue original à propos de la différenciation. Il s’agit d’une « posture d’équité sociopédagogique », par laquelle l’enseignant peut espérer s’ouvrir à la diversité des élèves et éviter la généralisation, les stéréotypes, l’étiquetage, la catégorisation, etc. Elle énumère aussi quelques principes pour aider l’enseignant dans sa démarche.
Dans une perspective de différenciation des savoirs grammaticaux (dont nous connaissons déjà l’approche « donneur-receveur » et la notion de phrase de base), Gérard-Raymond Roy se penche sur les savoirs syntaxiques et morphosyntaxiques des déterminants à double rôle. Il montre que les différences entre deux types de classe de mots (le déterminant et la préposition) causent souvent des difficultés sur le plan de l’enseignement et de l’apprentissage. Il examine ainsi le cas du déterminant à double rôle, le clarifie et en ajuste la terminologie dans le but d’en faciliter l’enseignement et l’apprentissage.
Selon Marie Nadeau et les auteurs qu’elle cite dans son article, la notion d’intelligences multiples peut être applicable dans certains apprentissages généraux, mais rien n’est encore scientifiquement établi qui pourrait relier une intelligence particulière à un objectif pédagogique précis. Elle incite donc les enseignants à la prudence lorsqu’ils intègrent les intelligences multiples dans leur enseignement, surtout dans les activités grammaticales et orthographiques. Elle propose des « activités douteuses » (selon son expression) à titre d’exemples.
Pour sa part, Silvie Toulouse présente brièvement les huit intelligences, telles qu’explicitées par Howard Gardner2, et suggère des pistes pédagogiques pour en favoriser l’expression et le développement à l’école et dans la vie de tous les jours.
Pour clore le dossier, Anne-Frédérique Karsenti dévoile l’historique d’un projet de pédagogie différenciée d’une enseignante du secondaire, France Paradis, afin de motiver et de développer des compétences chez tous ses élèves. Intitulé Apprentissages modulaires différenciés, ce projet comprend des modules dans lesquels les élèves développent des connaissances et des compétences en choisissant de participer à des activités par intérêts et par niveaux de difficultés. Une planification sérieuse prévoit aussi des leçons obligatoires pour tous, des cliniques d’aide et d’évaluation. Son projet a donné, jusqu’à ce jour, des résultats surprenants. Enfin, Jean-François Mostert propose une sitologie sur la différenciation pédagogique, que nous avons parsemée dans le dossier.