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SOMMAIRE 144
DOSSIER
LITTÉRAIRE
La littérature québécoise de 1940 à 1970
DOSSIER
DIDACTIQUEL'éducation des adultes. Enfin la réussite !
CHRONIQUES

Au cours de la période 1940-1970, qui va de l’avènement de la Deuxième Guerre mondiale jusqu’à la crise d’Octobre 1970, la littérature québécoise s’institutionnalise. L’Église perd peu à peu ses pouvoirs, les institutions politiques sont transformées, le Québec, de plus en plus industrialisé, s’ouvre au monde et à la modernité. Le mode de vie et les mentalités des Canadiens français, devenus Québécois, à la faveur de la Révolution tranquille, changent radicalement. La contestation, qui s’est installée ouvertement dans la société québécoise de moins en moins homogène, avec la publication du manifeste du Refus global (1948), avec la parution de revues intellectuelles, comme Cité libre, et sous l’influence qu’exerce une revue comme Esprit, force les hommes politiques, entre autres ceux de « l’équipe du tonnerre » de Jean Lesage, qui prend le pouvoir en juin 1960, d’exercer un meilleur contrôle sur l’économie et sur ses institutions. « Il faut que ça change » et « Maîtres chez nous », voilà les deux slogans du Parti libéral aux élections de 1960 et de 1962, qui modifient en profondeur la société québécoise. Les Québécois, qui ont fait la preuve qu’ils pouvaient participer avec fierté à la marche du monde, et encore en français, sont de plus en plus nombreux à rêver d’un pays à leur mesure. Si de nouveaux ministères sont créés, comme ceux de la Culture et de l’Éducation, si des institutions comme la Caisse de dépôt et de placement et la Société générale de financement sont des promesses d’avenir, il faut reconnaître que d’autres secteurs se développent, tel celui de l’édition, qui, aidée par la télévision, favorise une véritable révolution culturelle. Le roman, par exemple, quitte la campagne pour s’installer à demeure à la ville, à l’utopie des romans du terroir ou de la terre, succède le réalisme : sans cachette, les romanciers peignent la société telle qu’ils la perçoivent, avec ses beautés et ses laideurs, avec ses réussites et ses échecs.
Aurélien Boivin propose une typologie du genre de cette importante période, en s’inspirant de l’étude de Maurice Arguin, qui a classé les œuvres romanesques en trois grandes catégories : les romans de mœurs urbaines, les romans psychologiques et les romans de contestation et de révolte, avec l’avènement de la Révolution tranquille.
Dans l’évolution de la poésie de cette importante période d’affirmation, Jacques Paquin insiste sur la création de réseaux littéraires majeurs qui favorisent la prise de parole des poètes, qui délaissent petit à petit l’introspection, avec Rina Lasnier, Anne Hébert et Fernand Ouellette, pour proposer une poésie plus populaire, avec des représentants comme Clément Marchand et Alphonse Piché, et surréaliste, avec les Paul-Marie Lapointe, Gilles Hénault, Roland Giguère et Claude Gauvreau. C’est avec l’arrivée de Gaston Miron et la création de la maison d’édition L’Hexagone (1953), que la poésie devient un champ d’exploration du territoire québécois, que les poètes entendent habiter, comme le proclament, outre Miron, les Gatien Lapointe, Jean-Guy Pilon, Paul Chamberland, Jacques Brault, et autres poètes du pays, qui, à la fin des années 1960, cèderont la place aux poètes dits d’avant-garde, qui se réclament de la modernité, aidés par l’apport de quelques poètes venus d’ailleurs et qui contribuent à enrichir le paysage poétique.
Caroline Garand, dans une riche synthèse, s’intéresse à l’évolution de la dramaturgie, depuis les succès de Gratien Gélinas jusqu’à Michel Tremblay, un théâtre d’abord populaire, puis social et, enfin, combien réaliste.
C’est la recherche d’identité et la marche vers la modernité que Yolaine Tremblay décèle dans les meilleurs essais de cette période mouvementée et combien riche au niveau de l’évolution des idées. L’Institution littéraire se constitue, la littérature se fait, pour reprendre un titre à Gilles Marcotte, grâce entre autres à l’action de groupes d’intellectuels, des peintres et les automatistes, autour de Refus global, et de penseurs qui œuvrent à la tête de quelques revues, Cité libre, Liberté, Parti pris, où les jeunes prennent la parole et deviendront par la suite des hommes politiques (Trudeau, Pelletier) ou des écrivains influents (Dumont, Vadeboncoeur, Aquin, Major, Godin…).
Steve Laflamme, lui, s’est intéressé à la nouvelle fantastique, depuis la parution des Contes pour un homme seul (1944) d’Yves Thériault jusqu’aux Contes pour buveurs attardés (1966) de Michel Tremblay, en passant par les Jolis deuils de Roch Carrier (1964) et La mort exquise de Claude Mathieu (1965).
Spécialiste de la chanson québécoise, Gilles Perron, de son côté, nous présente une riche et intéressante évolution du genre, avec, en tête, le grand Félix, bien sûr, et l’avènement des boîtes à chansons qui consacrent plusieurs chansonniers, les Gilles Vigneault, Claude Léveillée, Jean-Pierre Ferland, Claude Gauthier, Robert Charlebois, Clémence DesRochers, Renée-Claude, pour ne nommer que ceux-là, qui ont porté la parole et chanté les aspirations des Québécois sur les grandes scènes francophones du monde.
Finalement, Marie Fradette, dans son étude consacrée à la littérature de jeunesse, s’attarde à deux pionnières de ce genre, qui se développera encore plus intensément au cours de la période d’après 1970, soit Paule Daveluy et Monique Corriveau. Bonne lecture !
L’éducation des adultes. Enfin la réussite !
Présenté par Ginette Leroux et Monique Noël-GaudreaultAu cours des dernières années, notre société a été frappée de plein fouet par les bouleversements économiques découlant de la mondialisation. Des secteurs économiques entiers, qui employaient une main d’œuvre peu scolarisée, ont été délocalisés dans des pays émergents ou du tiers-monde, où les salaires ne représentent qu’une fraction de la rémunération versée à nos travailleuses et travailleurs.
De plus en plus, nous parlons d’une économie du savoir et de la nécessité d’activités de formation qui s’échelonneront sur l’ensemble d’une vie. Dans ce contexte, l’importance de terminer, au moins, ses études secondaires va de soi. Pourtant, selon les dernières données du ministère de l’Éducation, à peine 70 % des élèves obtiennent un premier diplôme du secondaire avant l’âge de 20 ans.
Le marché du travail et la société exercent une pression extrêmement forte sur les personnes qui n’ont pas obtenu ce diplôme afin qu’elles retournent aux études dans le cadre de la formation générale des adultes. S’ajoute à cette clientèle le nombre important de nouveaux arrivants adultes qui doivent eux aussi, après un séjour en classes d’accueil ou en classes de francisation, parfaire leur connaissance du français et, ultimement, décrocher un diplôme d’études secondaires.
Malgré l’augmentation de ces clientèles, l’éducation des adultes demeure la grande méconnue de notre système d’éducation. Regroupé sous le thème de formation générale des adultes (FGA) à la Commission scolaire de Montréal, ce secteur comprend différents services d’enseignement : l’alphabétisation, la francisation, le secondaire, la formation à distance, les services de formation à l’intégration sociale et les services d’intégration socioprofessionnelle. Ces services peuvent différer dans les diverses commissions scolaires du Québec. Ils sont habituellement offerts selon les besoins et la densité de la clientèle propres à chaque région. Quelques données statistiques nous permettent d’en comprendre l’importance croissante au sein de notre système d’éducation.
Alors que les classes régulières accusent un déclin démographique, la clientèle de l’éducation des adultes est en pleine progression. Ainsi, pour la décennie couvrant les années 1995-1996 à 2004-2005, les effectifs scolaires du secteur des jeunes (primaire et secondaire) ont fondu de 30 092 élèves, alors qu’au cours de la même période, les effectifs du secteur de l’éducation aux adultes ont progressé de 28 284 élèves. Aujourd’hui, le nombre d’élèves inscrits à l’éducation aux adultes équivaut au quart des élèves inscrits au secteur régulier.
Depuis quelques années, on assiste à un phénomène nouveau, celui des jeunes de moins de 20 ans qui passent directement du secteur des jeunes à celui des adultes. En 2004-2005, 14,4 % des élèves d’une génération d’âge scolaire passaient directement du secteur des jeunes à celui des adultes, en formation générale, avant l’âge de 20 ans, sans même interrompre leur cheminement scolaire. En 1984-1985, ce taux n’était que de 1,3 %.
Chez les élèves de 15 à 19 ans, ce type de cheminement l’emporte maintenant sur celui des élèves qui, après avoir interrompu leurs études, reviennent s’inscrire en formation générale chez les adultes. Plus des trois-quarts des nouvelles inscriptions d’élèves n’ayant pas atteint l’âge de 20 ans sont le fait de passages directs à partir du secteur des jeunes.
C’est chez ces élèves que le taux de réussite est le plus élevé à l’éducation aux adultes. Au second cycle du secondaire à l’éducation aux adultes, 63,1 % des élèves qui sortent avant l’âge de 20 ans sont titulaires d’un diplôme, ce qui représente une augmentation importante, puisque la proportion correspondante en 1988-1989 était de 36,3 %.
De façon plus générale, la proportion des titulaires d’un diplôme parmi les sortants et les sortantes du second cycle du secondaire à l’éducation aux adultes s’élève à 50,4 % pour l’année 2003-2004, soit le double de l’année 1988-1989, alors que le taux de réussite pour les élèves du second cycle quittant l’école n’était que de 23,2 %.
Soulignons qu’à la Commission scolaire de Montréal (CSDM), à peine 40 % des élèves de la formation générale des adultes sont nés au Québec, alors que ce pourcentage est de 75 % pour les élèves du secteur des jeunes à la même commission scolaire.
Selon les statistiques du ministère de l’Éducation, les élèves de la CSDM inscrits à la formation générale des adultes obtiennent un taux de réussite élevé, mais en prenant deux fois plus de temps que celui que prévoit le régime pédagogique. Les explications avancées sont : un haut taux d’absentéisme généré par la difficile conciliation du travail, de la famille et des études, le manque de moyens financiers des adultes pour poursuivre des études et une très forte proportion d’élèves allophones.
Avec la diversité de ses clientèles, le milieu de l’éducation aux adultes est un monde complexe, un champ d’expérimentation en perpétuel bouleversement. Ce numéro de Québec français nous permet de faire connaître certaines facettes de cette réalité à l’ensemble de nos collègues du système d’éducation et à la population en général. Mais il a également pour but de permettre le partage d’expériences et de pratiques entre les enseignantes et les enseignants de l’éducation aux adultes.
La situation des adultes faiblement scolarisés, désireux de terminer leurs études secondaires préoccupe Carine Villemagne. Elle propose une description de leurs motivations, des embûches qu’ils ont à surmonter et des retombées bénéfiques pour leurs enfants et la société en général. Quant à Geneviève Talbot, elle examine la délicate question de la reconnaissance des acquis et des compétences des adultes. L’évaluation de ces parcours d’apprentissage atypiques mène à l’obtention de quatre unités optionnelles de cinquième secondaire.
Hélène Saint-Laurent passe en revue les dix défis à relever par les enseignants qui œuvrent auprès d’une clientèle adulte. Citons notamment, la gestion des entrées et des sorties variables, des groupes multi-niveaux et la clientèle des 16 à 18 ans.
De leur côté, Martine Brunet et Monique Noël-Gaudreault rapportent les témoignages de personnes clés du secteur de l’alphabétisation, respectivement de Rouyn-Noranda et du Nouveau-Brunswick. Ces entrevues permettent de dresser un portrait de ce domaine d’importance cruciale pour la société.
Giselle Boisvert analyse le contenu des trois programmes de français à l’intérieur desquels les adultes auront à progresser. De façon à harmoniser les différents programmes, elle plaide en faveur d’un continuum des apprentissages qui portent sur la langue écrite.
Pour sa part, Ginette Leroux présente le programme de français de transition à l’intention des jeunes immigrants provenant des classes d’accueil ou déjà inscrits en formation générale des adultes. Elle nous aide à mieux connaître ce projet en cours d’expérimentation qui permet à ces jeunes, nouvellement arrivés ou d’immigration plus ancienne, d’améliorer leur connaissance de la langue française et de combler leurs besoins d’ordre socioculturel.
Marie-Christine Blanc dresse un portrait de la formation à distance assistée, la FADA. Pour les besoins pressants de sa clientèle hétérogène – immigrants, mères célibataires, chômeurs, ouvriers, décrocheurs – la FD bonifie ses services. L’auteure décrit également les principaux avantages de cette nouvelle approche.
En tant que concepteur de cours à la Formation à distance, Bruno Ronfard cherche à relancer la motivation, fluctuante chez l’apprenant isolé. Il montre que les médias électroniques favorisent des interactions diverses avec les pairs, l’enseignant et le matériel didactique offert.
Enfin, Danielle Desmarais réfléchit à l’appropriation de la lecture et de l’écriture par de jeunes adultes désireux de s’alphabétiser. De nouvelles pratiques d’intervention, comme l’atelier d’écriture autobiographique, leur facilitent la tâche en leur faisant développer des savoirs d’action.