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Adelaide Russo et Simon Harel [dir.]
Lieux propices. L’énonciation
des lieux/Le lieu de l’énonciation
dans les contextes francophones interculturels
Les Presses de l’Université Laval
Québec
2005
355 pages
Collection « InterCultures »
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>>> ÉTUDE
Adelaide Russo et Simon Harel [dir.] | Lieux propices. L’énonciation
des lieux/Le lieu de l’énonciation dans les contextes francophones interculturels
Ce collectif dirigé par les professeurs Adelaide Russo de Louisiana State University, et Simon Harel de l’Université du Québec à Montréal, tous deux rattachés au projet de recherche « Le Soi et l’Autre » portant sur l’énonciation de l’identité dans les contextes interculturels, réunit des chercheurs québécois, européens et américains, tous littéraires ou philosophes, autour de l’étude du lieu dans ses liens avec la question identitaire. Compte tenu de cette articulation centrale, on peut dire que l’ouvrage s’inscrit dans un secteur passablement balisé par des travaux significatifs, en particulier au Québec. De fait, l’attention fervente accordée au lieu et les annotations de l’espace qui en découlent ont déjà pris des formes variées, certains s’étant notamment employés à tenter de prendre la mesure de « la distance habitée » par des sujets rattachés aux cultures et aux langues de l’exiguïté (Paré, 2003), pendant que d’autres choisissaient de s’adonner à des « lectures des lieux » tels qu’ils sont souvent liés à une constellation d’expériences personnelles (Nepveu, 2004). Les vingt-trois collaborateurs au collectif Lieux propices se proposent pour leur part, considérant l’ère de la mondialisation qui est la nôtre, d’examiner « la notion de lieu comme réseau d’interrelations qui met en cause la constitution et la perception de l’identité dans les contextes interculturels francophones mondiaux depuis 1968 » (Russo, p. 13), ce qu’ils réalisent à la faveur d’analyses textuelles et de réflexions théoriques réparties au sein de l’ouvrage selon un découpage en six sections.
Comme les auteurs – théoriciens et praticiens – parlent à partir de « lieux » fort distincts, et ce, à tout point de vue, que l’on considère leur origine, les objets analysés, les perspectives et les stratégies de lecture déployées, et sans doute également parce que la question de l’énonciation des lieux/du lieu de l’énonciation, déjà double au départ, se décline bientôt en de multiples cas de figure infléchissant parfois un peu l’orientation générale du projet, le collectif a quelque chose d’assez éclectique. Il s’agit tantôt de questionner le lieu et sa nomination (M. Deguy) ou de mettre à l’épreuve la notion de géoscopie chez des écrivains comme Pérec, Deguy et Bailly (A. Russo), tantôt de scruter la signification du lieu habité dans l’œuvre de l’écrivain migrant québécois d’origine italienne Antonio d’Alfonso (S. Harel), ou d’observer la façon dont se nouent le lieu et son énonciation dans un corpus varié de textes d’auteurs soumis à l’épreuve de l’interculturation (M. Brophy). D’autres articles encore interrogent, au sein d’œuvres poétiques ou romanesques telles celles de Gleize, Laugier, de Bellefeuille, Cliff et Ouellette, des lieux d’énonciation fortement spatialisés ou, au contraire, délocalisés (J.-M. Gleize, P. Ouellet, L. Demoulin, D. Brassard), tandis que toute une section est consacrée à l’analyse et au commentaire de la réflexion sur le lieu menée par Jean-Luc Nancy, principalement dans son ouvrage La création du monde ou la mondialisation (J.-L. Nancy, F. Raffoul, E. Gruber), laquelle fournit d’ailleurs un excellent point de départ pour aborder la question des « signifiances du monde » (E. Clémens).
Si une partie de l’ouvrage est dédiée aux lieux de mémoire que forment le témoignage (R. Chambers), les tropismes de Nathalie Sarraute (J. Gleize), ainsi que l’écriture de la restitution chez Pierre Bergounioux et François Bon (D. Viart), une autre s’attarde pour sa part à des lieux familiers ou intimes de proportions variables, de la table d’écriture ou du carnet de route du créateur (J.-M. Maulpoix), en passant par les représentations pétries d’ambivalences du Marseille des romans policiers de Jean-Claude Izzo (F. Leroy), jusqu’aux multiples lieux ordinaires, sinon insignifiants, formant le monde personnel des récits de Jean-Philippe Toussaint (I. Décarie), et au restaurant du Florent Boissonneault imaginé par Yves Beauchemin (L. Brind’Amour). Enfin, la dernière section du collectif regroupe des contributions mettant en place divers lieux de comparaison, qu’il s’agisse du principe-boomerang entendu comme multiplication des voies de circulation dans les textes de Butor (M. Calle-Gruber), ou de la notion de paysage en tant que « lieu d’émergence d’une pensée qui naît de la rencontre entre le moi, le monde et les mots » (p. 273) et qui, conciliant le local et le global, s’oppose et s’allie à la fois au pays et à l’univers (M. Collot). Il pourra s’agir encore, dans cette même section, de faire apparaître les moyens particuliers par lesquels le français et l’anglais, ainsi que certaines langues non indo-européennes, modèlent la représentation des configurations spatiales (C. Vandeloise), ou de scruter de près la matière linguistique d’un roman monctonien signé Jean Babineau, pour affirmer que le chiac, qui y constitue en apparence un code accessible aux seuls initiés du lieu dépeint, forme aussi un espace d’hybridation, de créolisation (C. Leclerc).
Quoi qu’il en soit, donc, de la diversité et du caractère un peu inégal de l’ouvrage, le lieu, donné d’entrée de jeu comme « une aporie fructueuse pour mieux comprendre la littérature et la pensée de notre époque » (Russo, p. 14), se révèle aussi dans les faits un corollaire obligé de la réflexion autour de la question identitaire, tant il est vrai qu’« [o]n parle toujours à partir d’un lieu, d’un lieu d’énonciation bien à soi » (Russo, p. 26). Caroline Dupont
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